Catégorie générale

Jeudi 28 septembre 2006

La souffrance comme sujet m'intéresse particulièrement depuis 1976. On peut consulter mes Notes biographiques qui racontent le parcours suivi jusqu'ici. En résumé, j'ai tenté de multiples façons d'établir les bases d'une approche théorique et pratique ayant pour objet l'ensemble de la matière concernant spécifiquement la souffrance. Je suis persuadé que s'occuper de la souffrance d'une manière générale, globale, systématique est tout à fait approprié et terriblement nécessaire. Mes démarches n'ont rencontré qu'une approbation polie jusqu'à présent, mais elles ont été fort instructives. J'espère que ce blog pourra contribuer à une meilleure connaissance et à une meilleure gestion de la souffrance.

Par Robert Daoust
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 17 octobre 2006
Le philosophe Jean-Pierre Lalloz, professeur à Lille, présente sur son site www.philosophie-en-ligne.com une profonde, complexe et clarificatrice philosophie qui m’a touché comme la plus étonnante de vérité.
 
L’auteur y parle beaucoup, parmi d’autres sujets, de la souffrance. Voyez
·       Dits 2004-2005
 
Il en parle en fait à un point tel que sa philosophie, d’après moi, se trouve sans le « savoir » enceinte de la science de la souffrance! L’auteur dirait que cette nouvelle science est plutôt celle de la douleur, mais bon, la terminologie n’est pas encore fixée. L’heureux événement, s’il se confirmait, serait considérable!
 
Surveillons les prochaines nouvelles : l’assistance de toute la parenté pourrait être requise...
Par Robert Daoust
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 31 octobre 2006

Sociologie de la souffrance a été publié en 2004 par Jean Foucart, qui enseigne les méthodes de recherche en sciences sociales et qui est rédacteur en chef à la revue belge Pensée plurielle. L'ouvrage est fort conceptuel et bien documenté, il pose l'hypothèse de la souffrance comme "rupture transactionelle", ce qui semble un bonne base pour traiter sociologiquement d'un thème plutôt psychologique a priori. Les spécialistes sauront mieux que moi apprécier les thèses de l'auteur, mais pour ma part je le félicite grandement d'avoir abordé une question aussi importante, et je l'exhorte à continuer.

 

En divers domaines on trouve des ouvrages isolés sur ce sujet capital, mais encore aujourd'hui il n'y a aucun spécialiste de la souffrance en aucun domaine. Étrangement, la sociologie pourrait être la première à présenter une telle spécialité, grâce aux travaux d'auteurs comme Arthur Kleinman (Social Suffering), Pierre Boudieu (La Misère du monde), et surtout Iain Wilkinson (Suffering: A Sociological Introduction) qui vient avec son livre de remporter un prix en sociologie au Royaume-Uni. Le travail de Jean Foucart s'inscrit brillamment dans cette lignée.

 

Le savoir sur la souffrance est à développer. Je suggère que les personnes intéressées se donnent rendez-vous à l'article de Wikipédia sur la souffrance : ne pourrions-nous pas travailler ensemble à partir de là? Il suffit de se rendre à l'article et de commencer à contribuer, par exemple en signalant l'ouvrage de Foucart et d'autres sources de connaissance sur le sujet... C'est ce que je me propose de faire ces prochains jours.

Par Robert Daoust
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 22 novembre 2006

Vient de paraître un livre important pour le soulagement des gens gravement malades, de ces êtres violentés, perdus, submergés et craintifs que la plupart d’entre nous serons avant de mourir. Souffrance et médecine est l’oeuvre de Serge Daneault, un médecin qui poursuit des recherches sur la souffrance. Une psychologue, Véronique Lussier, et une spécialiste en travail social, Suzanne Mongeau, y ont collaboré. La préface est de Eric Cassell, dont la définition de la souffrance a pris une place prépondérante, hélas, en philosophie médicale. Je dis hélas, parce qu’elle perpétue à mon sens l’erreur du dualisme concernant le physique et le moral (voir ci-dessous le ‘désagréable’).

Serge Daneault écrit, à propos de ses débuts en médecine : « Même si je ressentais que la souffrance était presque toujours présente derrière le récit de mes patients, force m’était d’admettre que je ne disposais d’aucun test pour la diagnostiquer, d’aucun médicament pour la soulager et, surtout, d’aucun moyen pour en diminuer l’impact sur mon équilibre et sur celui des autres soignants avec qui je faisais équipe. » C’est ce genre de constatation qui l’a amené, depuis 1998, à diriger une enquête auprès des patients et des soignants.

Le livre informe remarquablement bien sur ce qu’est souffrir d’une maladie mortelle, ainsi que sur la façon déplorable dont cette souffrance est traitée par des soignants eux-mêmes souffrants dans un système de santé lui-même malade. L’auteur préconise que le système soit recentré sur les patients et le soulagement de la souffrance.

Dans le domaine médical, comme dans bien d’autres où il s’agit de combattre les maux de notre monde, nous avons des armées de travailleurs efficaces qui font beaucoup de bien. Leurs efforts néanmoins sont lamentablement tronqués, à mon opinion, parce que les idées actuelles de pensée et d’action manquent d’une notion essentielle: la primauté* de la sensibilité. Il est impossible de recentrer* le système de soins sur les patients et le soulagement de la souffrance sans recentrer* notre culture sur la sensibilité, sur le ressentir, sur la conscience, sur cette identité collective première* que nous partageons avec tous les organismes ayant un système nerveux central, sur cet objet d’allégeance suprême* pourtant simple que nous ne savons même pas encore nommer d’un terme facile à comprendre. Tout en donnant priorité* à l’individu, la notion de sensibilité permet de définir la douleur physique et la souffrance morale sans dualisme, dans le cadre d’une seule et même problématique foncière, celle du désagréable (ici aussi le terme approprié nous échappe encore). C’est à partir de là qu’il devient possible d’accorder aux individus et à leur souffrance la place qui leur est due dans notre système social, politique et économique, puis de là dans notre système de santé. Ce n’est pas que de telles transformations soient séquentielles, au contraire elles se déroulent partout à la fois, mais les changements décisifs dans les idées et les pratiques passent nécessairement à travers des points primordiaux comme ceux-là. Eric Cassell évoque en préface les détours à prendre : « Il n’y a peut-être que les forces sociales à l’extérieur de la médecine elle-même qui puissent la faire changer… »

Il faut certes aborder la question de la souffrance en médecine, mais ce n’est pas elle qui peut organiser ‘universellement’ le traitement théorique et pratique du phénomène. Pour cela, il faut un domaine propre à la souffrance, que je suggère d’appeler algonomie. Ce nouveau domaine de travail recèle, je pense, l’une des clés indispensables non seulement pour ouvrir notre civilisation à plus de sensibilité, mais aussi pour ouvrir dans tous les champs d’activité de nouvelles perspectives encore terriblement absentes sur la souffrance.

Une section du livre, pages 5 à 14, explore la place de la souffrance dans le savoir médical. Il faudrait discuter de cela en long et en large, à la lumière du savoir médical et du savoir propre à la souffrance, l’embryonique algoscience. Où donc pourrait avoir lieu cette discussion? S’il se trouve des intéressés, à eux d’en décider.

[* primauté, recentrer, première, suprême, priorité: ces mots ont été employés par moi d'une manière fautive, car en les employant, il faut toujours, ai-je appris mais souvent oublié, faire comprendre qu'il n'y a pas de primauté ou de centre absolu, que c'est parfois une chose qui est première et parfois une autre...(note ajoutée le 14 janvier 2007)] 

Par Robert Daoust
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mercredi 7 février 2007

Le mot algodicée est formé des mots grecs qui signifient douleur et justice. Il évoque la justification métaphysique de la douleur, et il rappelle le mot théodicée, qui lui évoque la tâche de justifier un Dieu bon et tout-puissant qui permet les pires souffrances. Algodicée est un terme utile, car nous avons besoin que notre souffrance ait un sens, afin qu'elle soit moins grande, plus supportable.

Le philosophe Alexandre Jollien écrivait sur l'algodicée le 9 octobre 2002 dans le journal L'Humanité. "Derrière ce mot pompeux se cache un véritable défi pour l’individu. Algodicée signifie la connaissance à travers la souffrance, la connaissance par la souffrance. Elle exige de l’homme de tirer profit de tout, même de la douleur, même des tourments. Tâche difficile, redoutable, on ne peut cependant pas faire l’impasse de la question. Tôt ou tard elle arrive, s’impose. Notre rapport au monde se bâtit avec elle, contre elle. Compagne ou adversaire, elle est présente. Parler de la souffrance ne va pas sans craintes et tremblements. (...) Pourtant, le joyeux combat que représente l’existence doit proposer une réponse, ne pas abdiquer devant la question du mal. (...)  Rien de pire qu’une souffrance subie dans la solitude. Notre devoir : lutter ensemble contre ce qui blesse pour poursuivre notre joyeux combat."

L'algodicée, dit Jollien, réclame le va-et-vient des rencontres entre moi et l'autre. C'est ce que propose aussi l'algonomie, comme nouveau domaine tout entier d'activité humaine consacrée à la connaissance et à la gestion de la souffrance.

Par Robert Daoust
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander

Présentation

Profil

  • : Robert Daoust
  • sur-la-souffrance
  • : Homme
  • : 01/01/2008
  • : Montréal
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus