Le (sous) développement fait partie de la (défectueuse) gestion collective de la souffrance, et vice-versa.

Publié le par Robert Daoust

La Conférence promesse du millénaire de Montréal 2006 et le Sommet du millénaire de Montréal 2007 ont voulu, entre autre, sensibiliser les gens aux Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Ceux-ci constituent l'essentiel de la politique adoptée pour la période 2000-2015 par la communauté internationale en vue d'atténuer la pauvreté et la faim, l'ignorance, l'inégalité, la mortalité infantile et maternelle, la maladie, la pollution et le sous-financement de l'aide au développement.

 

Moi, en tant que promoteur de l'algonomie, c'est-à-dire d'un nouveau domaine d'activité s'occupant de la souffrance comme telle, j'ai toujours trouvé utiles et nécessaires les Objectifs du millénaire pour le développement, mais je n'ai jamais vu dans cette politique quelque chose qui me fasse espérer un progrès plus décisif que par le passé en ce qui concerne la souffrance dans le monde.

 

Cependant, en ce début de 2008, j'ai eu l'idée de faire connaître, à tout hasard, l'existence et les avantages de l'approche algonomique à Daniel Germain, l'instigateur des rencontres annuelles montréalaises liées aux OMD. J'ai donc regardé de plus près ce que sont les Objectifs du millénaire pour le développement.

 

En constatant l'envergure de cette politique et l'ampleur du soutient qu'elle recueille, j'ai réalisé qu'elle représente la meilleure occasion rencontrée jusqu'à présent par l'algonomie pour se développer et être utile. Je crois que l'algonomie peut s'inscrire dès à présent dans le cadre des OMD comme l'une des pièces indispensables à leur réussite et à l'amorce d'un nouveau progrès décisif dans l'état du monde, et qu'inversement les OMD peuvent s'inscrire dès à présent dans l'algonomie comme l'une des pièces centrales d'une stratégie d'ensemble pour la gestion de la souffrance dans le monde.

 

Il reste à vérifier cela dans la pratique. Deux scénarios possibles se présentent.

 

D'un côté, la difficulté prévisible est que l'idée même d'algonomie, à cause de la primauté qu'elle accorde à la souffrance comme objet d'intérêt, risque d'être incomprise et rejetée d'emblée, malgré les efforts qu'on mettra jusqu'en 2015 pour la présenter. Cela signifierait, en ce qui concerne à tout le moins un progrès décisif et durable dans la gestion de la souffrance, que les OMD échoueront comme les entreprises antérieures semblables, en dépit même de leur utilité ou de leur réussite relative, et que les leçons de cet échec seront à tirer par la suite. En prévision de cette éventualité, il faut continuer le travail entrepris en promotion de l'algonomie pour faire admettre dans nos sociétés la validité d'un travail permanent sur le phénomène de la souffrance même. En particulier, il faut continuer d'insister auprès de la communauté scientifique, principalement en science de la douleur [2008-01-30: au sens étroit de 'douleur physique', dois-je préciser], pour que soit enfin reconnu ce phénomène pourtant si commun et si considérable que désigne le concept de souffrance, de douleur ou de désagrément au sens large.

 

D'un autre côté, il se pourrait aussi, contre toute attente, que la proposition de l'algonomie soit bien reçue par les gens intéressés aux OMD et qu'on s'engage dans un scénario de réussite. Alors, dès cette année et tout au long des années à venir, certains individus et groupes vont adhérer aux OMD parce qu'ils y verront un plan qui les concerne personnellement, c'est-à-dire qui vise à moyen et à long terme la sécurité face aux pires souffrances non seulement pour les étrangers au loin mais aussi pour eux-mêmes, pour leurs proches et pour leurs concitoyens. Car ce sont tous les êtres que concernent et que menacent gravement les lacunes dans la prévention ou le traitement des maladies physiques et mentales, le manque d'accompagnement à la mort, l'insécurité économique, l'ignorance, l'inégalité, la pollution, le terrorisme, le crime, le manque de solidarité, etc. C'est cette dimension universelle que l'algonomie va permettre aux gens de comprendre en faisant percevoir le sens et la valeur qu'ont dès à présent les OMD dans la perspective de gérer collectivement la souffrance. Alors, disons qu'en 2009 ou 2010 une étude éclair au coût de quelques millions de dollars serait effectuée pour intégrer à la stratégie des OMD les derniers ingrédients qui lui manquent encore. Parmi de tels ingrédients figureraient certainement la perspective algonomique, peut-être aussi certains éléments jusqu'ici séparés qui figurent dans la Déclaration du millénaire et ses suites, ainsi que d'autres pièces négligées mais pourtant indispensables que pourrait fournir par exemple l'ouvrage monumental intitulé Encyclopedia of World Problems and Human Potential. Il est à noter aussi qu'une critique importante faite aux OMD a trait aux méthodes d'évaluation des progrès effectués, comme en fait état la revue Nature dans son éditorial Millennium Development Holes: peut-être qu'adopter une unité de mesure comme le cas de souffrance extrême contribuerait-il à résoudre les difficultés de cet ordre. Enfin, à partir de 2010 ou 2011, tout serait en place pour atteindre de façon satisfaisante en 2015 les Objectifs du millénaire pour le développement.

 

En tant que Montréalais et promoteur de l'algonomie, j'espère me joindre aux activités liés aux OMD qui ont lieu dans ma ville, en particulier celles initiées par Daniel Germain, qui a souhaité faire de Montréal le 'Davos' de l'humanitaire ou du développement et qui disait en septembre dernier dans un communiqué de presse: "Il faut se concerter pour éviter de se disperser. Et puisque tout grand changement commence d'abord chez soi, c'est à nous de mettre en place les éléments qui favoriseront la concertation de tous les acteurs du développement international d'ici et d'ailleurs."

 

Voici, en terminant et en guise de renseignement, quelques grandes lignes de l'histoire des Objectifs du millénaire pour le développement.

 

En 2000, les chefs d'État réunis solennellement à l'ONU adoptent la Déclaration du millénaire, qui est un long condensé des meilleures intentions du monde mais qui contient aussi des engagements bien concrets, notamment ceci:

 

"Nous décidons également:

• De réduire de moitié, d’ici à 2015, la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à un dollar par jour et celle des personnes qui souffrent de la faim et de réduire de moitié, d’ici à la même date, la proportion des personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable ou qui n’ont pas les moyens de s’en procurer.

• Que, d’ici à la même date, les enfants partout dans le monde, garçons et filles, seront en mesure d’achever un cycle complet d’études primaires et que les filles et les garçons auront à égalité accès à tous les niveaux d’éducation.

• Que, à ce moment, nous aurons réduit de trois quarts la mortalité maternelle et de deux tiers la mortalité des enfants de moins de 5 ans par rapport aux taux actuels.

• Que, d’ici là, nous aurons arrêté la propagation du VIH/sida, et commencé à inverser la tendance actuelle, et que nous aurons maîtrisé le fléau du paludisme et des autres grandes maladies qui affligent l’humanité."

 

En 2001, l'ONU en collaboration avec quelques partenaires élabore et adopte un Plan de campagne pour la mise en œuvre de la Déclaration du millénaire, où apparaissent pour la première fois, je crois, les "Objectifs du millénaire pour le développement". On peut voir ici, en anglais, un bref tableau des 8 objectifs avec leurs 18 cibles et leurs 48 indicateurs.

 

En 2002, l'ONU élabore et adopte un rapport intitulé L’ONU et les OMD : Stratégie de base. Au niveau mondial, la stratégie consiste en trois parties: le rapport sur les OMD du Secrétaire général à l'Assemblée générale (annuel), le Projet Objectifs du Millénaire (une vaste étude se terminant en 2005), et la Campagne globale du millénaire. Au niveau des pays, la stratégie comporte semblablement trois parties: les rapports nationaux sur les OMD, les études nationales, et le lancement de campagnes ou de mouvements nationaux.

 

En 2005, le Projet Objectifs du Millénaire remet son rapport Investir dans le développement: plan pratique pour réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement, un volumineux ouvrage préparé par quelque 265 scientifiques et spécialistes du développement parmi les plus éminents au monde. Puis a lieu le Sommet mondial 2005, dont le document final réaffirme: "Tous les gouvernements, des pays donateurs comme des pays en développement, se sont engagés avec force et sans ambiguïté à atteindre d’ici à 2015 les objectifs de développement énoncés dans la Déclaration du Millénaire." La société civile aussi s'engage dans l'atteinte des OMD, notamment autour de l'Alliance mondiale contre la pauvreté.

 

En 2006 et 2007, divers événements ont lieu, tels les manifestations Debout contre la pauvreté, qui en 24 heures ont rassemblé 23 millions de personnes en 2006 et 43 millions en 2007. Ont lieu aussi la Conférence promesse du millénaire de Montréal 2006 et le Sommet du millénaire de Montréal 2007, dont il faudra voir quels sont les résultats passés et les suites à venir.

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