Jeudi 5 juillet 2007

Le texte d'Olivier Clain, Les mots des maux - Les discours contemporains sur la souffrance, n'est pas des plus limpides, mais il a le mérite de ramasser certaines idées actuelles sur la souffrance. L'auteur identifie quatre discours experts ou savants qui cherchent à répondre à la demande de soulagement: la biomédecine, la science technologique (pharmacologie, neuropsychologie…), la psychanalyse et la bioéthique.

Je suis intrigué par ce passage: "(…) ces discours savants sont eux-mêmes objectivés et évalués et (sic) par le discours de la gestion. Il se présente comme un savoir de second degré, un savoir sur les savoirs, un « savoir évaluer et organiser » la rencontre entre les demandes particulières de soulagement de la souffrance et les savoirs experts légitimes. Mais le discours de la gestion devient l’instance qui évalue non seulement ces discours experts mais aussi les demandes de soulagement elle-mêmes en isolant celles qui méritent d’être reconnues de celles qui sont jugées inappropriées. C’est la raison pour laquelle on peut véritablement parler d’un «système de discours» contemporains sur la souffrance."

Il serait intéressant que l'auteur nous dise quel est au juste ce discours de la gestion, où se situe-t-il, comment se manifeste-t-il...

Par Robert Daoust - Publié dans : Catégorie générale
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Samedi 5 mai 2007

Voici un site ou un webzine qui, me semble-t-il, est tout à fait algonomique, puisqu'il revoit notre existence et notre politique à la lumière de nos souffrances à comprendre et à gérer. On y met l'accent "sur la responsabilité de l'être humain, en tant que dépositaire de la conscience."

 

http://www.regardconscient.net/default.htm:

"Regard conscient est un projet de recherche auquel nous donnons pour objectif de mettre en évidence les liens existant entre les souffrances refoulées - particulièrement celles de la prime enfance - et leurs mises en actes sur les différentes scènes de la vie. Nous partons du constat que l'être adulte reste profondément imprégné d'un vécu émotionnel non résolu et donc prisonnier de schémas de comportement hérités du passé. Dans notre conception, la compulsion qui nous pousse à recréer des situations douloureuses est une invitation à revisiter ces souffrances consciemment, afin de nous en libérer."

 

Voici les divers domaines abordés:

> l'actualité
> l'éducation
> la violence
>
la guerre
>
l'histoire
>
la psychologie
>
la psychanalyse
> l'école
>
la maladie
>
la politique
>
le terrorisme
>
la science
>
la naissance
>
les abus sexuels
>
les religions
>
l'économie
> le cinéma

Par Robert Daoust - Publié dans : Catégorie générale
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Lundi 9 avril 2007

David Khayat, célèbre cancérologue, répond dans une entrevue (http://www.xoeditions.com/spip.php?page=interview&id_article=155) à une question sur le progrès :

"Le progrès, c’est l’éradication de la souffrance. La souffrance n’est pas nécessaire. Pendant longtemps on a estimé, pour des raisons théologiques, qu’elle était rédemptrice et donc on l’a acceptée comme un fait acquis, un fait indéniable. L’éradication des souffrances mettra du temps, ce n’est pas quelque chose que l’on ne peut atteindre facilement, mais je crois que c’est un objectif que l’on peut se fixer. On peut imaginer une alliance, devenue alors invincible, entre tous ceux qui ont affaire à la souffrance des hommes - les politiques, les industriels, les médecins, les soignants, les chercheurs, les malades. Je crois que c’est de l’union que naîtra l’invincibilité et donc la victoire contre la souffrance et la mort."

 

Organiser collectivement la conquête de la souffrance est une idée qui, une fois décidée, aura toutes les chances d'être invincible, en effet! J'ai cette idée depuis longtemps, mais je cherche toujours un premier allié! 

Par Robert Daoust - Publié dans : Catégorie générale
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Mercredi 7 février 2007

Le mot algodicée est formé des mots grecs qui signifient douleur et justice. Il évoque la justification métaphysique de la douleur, et il rappelle le mot théodicée, qui lui évoque la tâche de justifier un Dieu bon et tout-puissant qui permet les pires souffrances. Algodicée est un terme utile, car nous avons besoin que notre souffrance ait un sens, afin qu'elle soit moins grande, plus supportable.

Le philosophe Alexandre Jollien écrivait sur l'algodicée le 9 octobre 2002 dans le journal L'Humanité. "Derrière ce mot pompeux se cache un véritable défi pour l’individu. Algodicée signifie la connaissance à travers la souffrance, la connaissance par la souffrance. Elle exige de l’homme de tirer profit de tout, même de la douleur, même des tourments. Tâche difficile, redoutable, on ne peut cependant pas faire l’impasse de la question. Tôt ou tard elle arrive, s’impose. Notre rapport au monde se bâtit avec elle, contre elle. Compagne ou adversaire, elle est présente. Parler de la souffrance ne va pas sans craintes et tremblements. (...) Pourtant, le joyeux combat que représente l’existence doit proposer une réponse, ne pas abdiquer devant la question du mal. (...)  Rien de pire qu’une souffrance subie dans la solitude. Notre devoir : lutter ensemble contre ce qui blesse pour poursuivre notre joyeux combat."

L'algodicée, dit Jollien, réclame le va-et-vient des rencontres entre moi et l'autre. C'est ce que propose aussi l'algonomie, comme nouveau domaine tout entier d'activité humaine consacrée à la connaissance et à la gestion de la souffrance.

Par Robert Daoust - Publié dans : Catégorie générale
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Mercredi 22 novembre 2006

Vient de paraître un livre important pour le soulagement des gens gravement malades, de ces êtres violentés, perdus, submergés et craintifs que la plupart d’entre nous serons avant de mourir. Souffrance et médecine est l’oeuvre de Serge Daneault, un médecin qui poursuit des recherches sur la souffrance. Une psychologue, Véronique Lussier, et une spécialiste en travail social, Suzanne Mongeau, y ont collaboré. La préface est de Eric Cassell, dont la définition de la souffrance a pris une place prépondérante, hélas, en philosophie médicale. Je dis hélas, parce qu’elle perpétue à mon sens l’erreur du dualisme concernant le physique et le moral (voir ci-dessous le ‘désagréable’).

Serge Daneault écrit, à propos de ses débuts en médecine : « Même si je ressentais que la souffrance était presque toujours présente derrière le récit de mes patients, force m’était d’admettre que je ne disposais d’aucun test pour la diagnostiquer, d’aucun médicament pour la soulager et, surtout, d’aucun moyen pour en diminuer l’impact sur mon équilibre et sur celui des autres soignants avec qui je faisais équipe. » C’est ce genre de constatation qui l’a amené, depuis 1998, à diriger une enquête auprès des patients et des soignants.

Le livre informe remarquablement bien sur ce qu’est souffrir d’une maladie mortelle, ainsi que sur la façon déplorable dont cette souffrance est traitée par des soignants eux-mêmes souffrants dans un système de santé lui-même malade. L’auteur préconise que le système soit recentré sur les patients et le soulagement de la souffrance.

Dans le domaine médical, comme dans bien d’autres où il s’agit de combattre les maux de notre monde, nous avons des armées de travailleurs efficaces qui font beaucoup de bien. Leurs efforts néanmoins sont lamentablement tronqués, à mon opinion, parce que les idées actuelles de pensée et d’action manquent d’une notion essentielle: la primauté* de la sensibilité. Il est impossible de recentrer* le système de soins sur les patients et le soulagement de la souffrance sans recentrer* notre culture sur la sensibilité, sur le ressentir, sur la conscience, sur cette identité collective première* que nous partageons avec tous les organismes ayant un système nerveux central, sur cet objet d’allégeance suprême* pourtant simple que nous ne savons même pas encore nommer d’un terme facile à comprendre. Tout en donnant priorité* à l’individu, la notion de sensibilité permet de définir la douleur physique et la souffrance morale sans dualisme, dans le cadre d’une seule et même problématique foncière, celle du désagréable (ici aussi le terme approprié nous échappe encore). C’est à partir de là qu’il devient possible d’accorder aux individus et à leur souffrance la place qui leur est due dans notre système social, politique et économique, puis de là dans notre système de santé. Ce n’est pas que de telles transformations soient séquentielles, au contraire elles se déroulent partout à la fois, mais les changements décisifs dans les idées et les pratiques passent nécessairement à travers des points primordiaux comme ceux-là. Eric Cassell évoque en préface les détours à prendre : « Il n’y a peut-être que les forces sociales à l’extérieur de la médecine elle-même qui puissent la faire changer… »

Il faut certes aborder la question de la souffrance en médecine, mais ce n’est pas elle qui peut organiser ‘universellement’ le traitement théorique et pratique du phénomène. Pour cela, il faut un domaine propre à la souffrance, que je suggère d’appeler algonomie. Ce nouveau domaine de travail recèle, je pense, l’une des clés indispensables non seulement pour ouvrir notre civilisation à plus de sensibilité, mais aussi pour ouvrir dans tous les champs d’activité de nouvelles perspectives encore terriblement absentes sur la souffrance.

Une section du livre, pages 5 à 14, explore la place de la souffrance dans le savoir médical. Il faudrait discuter de cela en long et en large, à la lumière du savoir médical et du savoir propre à la souffrance, l’embryonique algoscience. Où donc pourrait avoir lieu cette discussion? S’il se trouve des intéressés, à eux d’en décider.

[* primauté, recentrer, première, suprême, priorité: ces mots ont été employés par moi d'une manière fautive, car en les employant, il faut toujours, ai-je appris mais souvent oublié, faire comprendre qu'il n'y a pas de primauté ou de centre absolu, que c'est parfois une chose qui est première et parfois une autre...(note ajoutée le 14 janvier 2007)] 

Par Robert Daoust - Publié dans : Catégorie générale
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  • : Robert Daoust
  • sur-la-souffrance
  • : Homme
  • : 01/01/2008
  • : Montréal
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